ECKART (Johann, dit le Maître)

Dominicain et philosophe allemand, Eckart est né à Thuringue vers 1260. C'est à quinze ans que Johann Eckart entre dans l'ordre des Dominicains.

Peut être est-il l'élève d'Albert le Grand ; en tout cas la pensée de celui-ci exerce sur lui une influence décisive. Vers trente ans, Eckart devient prieur du couvent d'Erfut et vicaire général des Domincains de Thuringue.

Avant et après cette charge, il enseigne la théologie au couvent Saint Jacques à Paris ; c'est là aussi qu'il obtient le titre universitaire de "Maître". Il est élu provincial de Saxe en 1303, et nommé vicaire général de Bohême en 1307. Sa tâche principale consiste, surtout à partir de 1314, à prêcher aux moniales établies nombreuses dans la vallée du Rhin. Sans renoncer à son professorat de Paris et de Cologne, il réside généralement à Strasbourg.

A partir de 1325, son orthodoxie est mis en cause. Traduit devant le tribunal épiscopal de Cologne en septembre 1326, puis transféré sur sa demande devant la Cour papale d'Avignon, il est sommé de se justifier de ses écrits et de ses sermons.

C'est en Avignon qu'il meurt en 1327 après avoir relevé une protestation : " je peux être dans l'erreur, mais je ne peux pas être dans l'hérésie, car la première est de l'ordre de l'intelligence, tandis que la seconde est de l'ordre de la volonté".

Eckart sera mort quand le 27 mars 1329, le pape Jean XXII publiera la bulle In agro dominico, condamnant 28 de ses propositions.

L'oeuvre

Elle est en partie latine, en partie allemande. Les sermons et les commentaires, de la Bible et du Livre des Sentences, ansi que les fragments d'un Opus tripartitum, en langue latine sont nés d'un contexte académique. D'inspiration scolastique, ils révèlent moins d'originalité que l'oeuvre allemande. Cette dernière se compose de quatre traités et d'un nombre encore incertain de copies de sermons faites par les moniales. Ces sermons frappent par la hardiesse de leurs formules et de leur doctrine. Ce sont eux qui ont valu à Eckart le titre de "novateur de la langue allemande".

La doctrine

Eckart n'enseigne rien d'extraordinaire : dans sa vie dispersée parmi les charges administratives, scolaires et pastorales, une pensée simple s'est formée. Elle concerne ce qu'il y a de plus ordinaire dans une existence : " Qu'en est-il de ma liberté originaire, et comment la revêtirais-je à nouveau ? Comment reviendrais-je à moi- même et qui suis-je au fond de mon âme ? ".

L'enseignement d'Eckart fait parcourir quatre étapes. Au départ Dieu est tout, la créature est néant. A l'arrivée, "l'âme est au dessus de Dieu". La dynamique de ce parcours est le détachement.

- Dissemblances - "Toutes les créatures sont un pur néant. Je ne dis pas qu'elles sont petites ou n'importe quoi : elles sont un pur néant". La dissemblance totale entre l'homme et Dieu est que ce dernier possède l'être, tandis que le crée ne possède pas l'être : il le reçoit d'ailleurs. En dehors de Dieu, il n'y a rien ni personne, sinon le seul néant. "L'être est Dieu", dit Eckart. Revenir à Dieu, ce sera se mouvoir parmi les choses, sachant qu'elles ne sont rien en elles-mêmes, ce sera ne plus ressembler à rein ni à personne.

- Similitude - L'homme qui se détache ainsi du singulier et s'attache à l'universel se découvre image de Dieu. La ressemblance divine naît en lui. Dans le passage de la dissemblance à la similitude, le Fils, image du Père, s'engendre dans l'homme détaché.

- Identité - Les formules d'identité entre l'homme et Dieu, nombreuses chez Maître Eckart, peuvent facilement être mal comprises. Il ne s'agit pas d'une identité substantielle : antièrieurement à la distinstion en substance, l'agir de Dieu et le devenir de l'homme réunissent Dieu et l'homme dans un identique évènement. Dieu n'est plus un vis à vis ; il est entièrement intériorisé. De là des formules surprenantes : "L'être et la nature de Dieu sont miens" ; "Jésus entre dans le château de l'âme" ; "L'étincelle dans l'âme s'empare de Dieu sans médiation" ; "Le fond de l'âme et le fond de Dieu sont identiques".

- Déité - L'identité avec Dieu est encore insuffisante : abandonner toutes choses mais non pas Dieu, c'est n'abandonner rien encore. L'homme doit "vivre sans pourquoi", ne rien chercher, même pas Dieu. Cette pensée conduit au désert : le désert d'Eckart.


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