Il y a des jours où une envie de s'élever au dessus de notre monotonie nous prend comme une urgence, il y a des jours où notre esprit veut atteindre des sommets, où notre regard veut admirer une beauté sauvage et naturelle loin des artifices et des contingences de notre civilisation. Cette envie se transforme trop souvent en frustration... frustration de ne pas pouvoir réellement atteindre ces sommets, de ne pas pouvoir transcender notre condition humaine...trop humaine. Pourtant avec un peu de volonté, cette transhumance peut se faire à moins de deux heures et demi de Strasbourg. En suivant la route qui mène en Suisse le pays des montagnes silencieuses et du chocolat doux. Le but de cette quète c'est le "Rigi", massif alpin culminant à 1800 m au dessus du lac des quatres cantons, non loin de Lucerne. Emblème de notre vanité contingente, la voiture ne va pas plus loin que Vintznau, il nous faut donc prendre ce train rouge à crémaillère, sorti d'un livre d'image pour enfants sages, qui nous chahute sur de solides banquettes en bois jusqu'à notre destination finale. Pas de bagnole sur les sommets... Est-ce Nietzsche qui a suggeré à nos voisins Suisse cette idée remarquable ? L'auteur du Zarathoustra aimait les promenades alpestres et l'exaltation physique qu'elles apportent... En effet, on a du mal à s'exalter dans les stations de skis françaises entre les HLM aux balcons remplis de sacs plastique et les pistes bondées de skieurs trépannés. Rien de tout ça en Suisse, et si le tourisme de masse existe, il reste discret comme une Edelweiss. Notre hôtel, le bien nommé "Bergsonne" se situe à mi-chemin du sommet (Rigi Kulm) dans le hameau de Rigi-kaltbad. Le petit train rouge nous laisse à la gare du hameau et c'est un jeune employé de l'hôtel qui charge nos bagages sur ce que je pense être un véhicule hybride entre la tondeuse à gazon et la carriole du maraîcher. Le "Bergsonne" est un établissement emblématique de la tradition suisse : vaste chalet construit de bois et de pierre, il abrite 40 chambres de grand confort et une clientèle essentiellement suisse qui se salue poliment, à chaque repas, de table en table. En dehors des clichés, l'accueil y est courtois, le service d'une efficacité rarement atteinte en France et la qualité de la cuisine amplement satisfaisante. Quelques exemples : les crèpes fourrées au saumon fumé et mascarpone, terrine de légumes à la crème d'aneth en entrée, goulash de filet de boeuf à la crème et à la moutarde avec petits oignons et champignons. Les desserts, bien que délicieux, manquent un peu d'imagination. Nos hôtes, Willy et Doris Camps-Stalder, font un grand numéro d'hospitalité helvétique qui ravit un public pourtant difficile. La grande attraction reste, bien sur, la neige, lors de notre séjour en février dernier ; un doux édredon glacé recouvrait chaque excroissance de nature et d'habitation. Paradis de la luge, Rigi dispose de bonnes pistes de skis alpins qui, sans rivaliser avec les pistes techniques des alpes françaises, font le délice des adeptes du ski en "bon pères de famille". Cette Suisse éternelle sur laquelle le temps passe comme les spatules fartées d'un ski n'est pas hors de prix pour nous autres pauvres français démonétisé.
La chambre au Bergsonne vous coutera entre 65 et 95 SFr par personne. (énorme petit déjeuner inclus) La demi pension est à partir de : 35 SFr par personne. Rien de bien outrancier...après tout ne sommes nous pas au pays de la modération.
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