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Du Royaume à la République
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Le 17° siècle à Strasbourg comme dans tout le Saint Empire, va être marqué par la guerre de Trente Ans, guerre de religion opposant les princes protestants allemands aux souverains catholiques de l'Empire, les Habsbourg. La guerre commence en 1618 et se termine en 1648 par le traité de Westphalie. La France sous l'impulsion du cardinal de Richelieu, combattit les Impériaux et surtout les Espagnols (Rocroi 1643). L'Empire allemand fut affaibli et morcelé au profit des princes. La population perdit plusieurs millions de personnes. Strasbourg, bien que moins touchée que les autres grandes villes du Saint Empire, fut secouée par des crises économiques sévères qui conduisirent à sa fragilisation et, à plus long terme, à son intégration au Royaume de France.
Patiemment, dans ce dernier quart du 17ième siècle, le roi de France Louis XIV, a poursuivi le travail de "Réunion" des landgraviats de Haute et Basse Alsace à la couronne. Il ne lui reste plus qu'à prendre sous sa protection cette ville qui constitue un véritable bastion sur le Rhin. Bastion certes bien armé mais très isolé. 30 000 soldats du roi convergent sur Strasbourg et passent à l'attaque le 27 septembre 1681. La ville est sommée de se placer sous la protection de Louis XIV et d'accueillir une garnison royale. C'est la capitulation devant un Louvois triomphant qui fait parvenir à Louis XIV le fameux message : "Sire, Strasbourg est à vous". La ville cesse d'être une ville libre d'Empire pour devenir capitale de la province française d'Alsace.
Le 18° siècle strasbourgeois est un siècle de "passage" : du Moyen Age aux "Lumières" d'une sensibilité plutôt germanique au goût français, d'une ville libre à une ville royale.
Tous les secteurs vont se trouver en mutation profonde y compris l'économique et le religieux bien sûr ; jusqu'à ce que vienne la mutation très violente de la Révolution en fin de siècle.
Strasbourg gagne en esthétique au cours du XVIII siècle. Beaucoup de conditions sont réunies pour ce faire : le royaume de France parvient à garantir à la cité une ère de paix de plusieurs décennies, richesse inconnue jusqu'ici ; la créativité à la française alliée au savoir-faire, au soin, au sérieux local fait merveille ; la situation de carrefour qui est celle de Strasbourg lui permet d'attirer et de rencontrer les créateurs et les courants les plus variés et les plus complémentaires.
1789 surprend les Strasbourgeois sans trop les surprendre. Les esprits sont préparés, sinon acquis, au changement. Le 18 juillet, lorsqu'on apprend la prise de la Bastille, la foule se rend à l'actuelle place Kléber illuminée, crie "Vive le roi" et s'en retourne. Les choses sérieuses débutent le 20 juillet sur l'actuelle place Gutenberg. C'est la mise à sac de l'Hôtel de Ville. Strasbourg, de ville libre royale, va devenir, simplement, chef-lieu du département. L'homme qui émerge en cette période très troublée est un réformiste, opposé au courant conservateur, élu maire de Strasbourg : Frédéric de Dietrich.
Si les catholiques nobles - le cardinal de Rohan en tête-sont farouchement opposés à la Révolution qui réduit leurs privilèges, les prêtres et les militants de base, eux, lui sont plutôt favorable. La Constitution Civile du clergé de 1790 à laquelle les prêtres sont tenus de jurer fidélité met le feu aux poudres. Le maire a fort à faire, notamment à calmer les femmes catholiques pas du tout contentes de ce que leur évêques serait désormais élu par les citoyens dont les juifs, les protestants et les non-croyants !
Le maire Dietrich sait adroitement gouverner entre tous les écueils, sera nommé commissaire pour l'organisation du département du Bas-Rhin. Sa notoriété, évidemment, grandit encore lorsque, chez lui, le jeune officier Rouget de L'Isle crée "Le chant de guerre de l'Armée du Rhin" dont les révolutionnaires marseillais feront "La Marseillaise". Mais la même année où est né ce qui deviendra un jour l'hymne national français, en 1792, les jacobins se déchaînent contre de Dietrich accusé de vouloir livrer la ville à l'ennemi. La Terreur va sévir à Strasbourg pendant deux ans et, avec elle, la misère.
C'est que la Révolution doit combattre, difficilement, les ennemis extérieurs qui sont en Allemagne, notamment à Ettenheim, aux portes de Strasbourg. Elle envoie à Strasbourg deux représentants purs et durs, Saint-Just et Lebas qui mettent la ville à rude contribution. Sous leur impulsion, l'armée est galvanisée. Hoche bat les Autrichiens à Froeschwiller et au Geisberg. En 1794, l'Alsace est totalement libre de tout envahisseur.
Mais de mauvaise récoltes, la dépréciation des assignats, le marché noir, créent à Strasbourg une crise grave dont de Dietrich va faire les frais. Il est condamné à mort et guillotiné dans la capitale le 29 décembre 1793.
Ne sachant plus qui dévorer, la Révolution mange alors ses propres enfants, l'exécution de Robespierre est accueillie à Strasbourg dans l'allégresse générale. Dans les prisons bien remplies, on pousse des soupirs de soulagement. C'est le grand retour des partisans de de Dietrich et l'apaisement.
A la fin de la Terreur, sous le Directoire, Strasbourg est dans un piètre état. La Révolution a beaucoup cassé, au propre comme au figuré et les Strasbourgeois, animés au départ d'une grande espérance, constatent les dégâts : économie à genoux, pillages, dégradation des monuments, églises utilisées comme porcheries...
La cathédrale est rendue au culte catholique. L'énorme bonnet phrygien qui coiffait sa flèche est enlevé. C'est lui qui, astucieusement, a calmé l'envie de détruire la flèche qui animait les jacobins.
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