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Retour vers l'Allemagne
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Le départ de Napoléon de la scène politique installe le règne des notables durant toute la Monarchie constitutionnelle. De 1815 à 1848 s'instaure un régime dont les uns soulignent la tendance à l'assoupissement, cependant que les autres lui reconnaissent le mérite insigne d'apporter une ère de paix et de bonheur tranquille.
En 1848, la France est secouée par une nouvelle révolution. A Paris, en février, Louis-Philippe doit abdiquer et la IIo République est proclamée. A Strasbourg, les ouvriers et les étudiants se rassemblent. La ville est en effervescence et finit par se rallier au Prince-Président, Louis-Napoléon Bonaparte. Le nouveau régime apporte à Strasbourg paix et prospérité. Le chemin de fer Paris-Strasbourg est achevé en 1852, des travaux de régularisation du cours du Rhin sont entrepris.
La naissance en Allemagne d'un courant d'hégémonie, les errements des diplomates et militaires français, créent en Europe, depuis 1840, un terrain propice à la guerre. L'enjeu de celle-ci se cristallise, symboles et Histoire obligent, sur Strasbourg bien entendu. Des annexionnistes allemands veulent voir dans la persistance de la pratique de la langue allemande dans la ville, le signe évident des racines germaniques et l'attachement des Strasbourgeois à ces racines.
Toujours est-il que le 15 août 1870, jour anniversaire de la naissance de Napoléon Bonaparte et choisi comme tel par les troupes prussiennes, le général von Werder ouvre le feu sur Strasbourg où se sont réfugiés les débris de l'armée de Mac-Mahon, défaite lourdement à Froeschwiller. La place de Strasbourg est sous le commandement du général Ulrich rappelé de la retraite. Il fera ce qu'il pourra : la place-forte est démunie, mal entretenue, son armement est de loin inférieur à celui de l'ennemi. Von Werder s'en donne à coeur joie, sans égards pour la population civile. La cathédrale est incendiée, des vitraux réduits en miette. La ville brûle trois nuits et trois jours de suite...Le 7 septembre, les souffrances de la ville s'atténuent après le désastre impérial de Sedan, l'arrestation de Napoléon III et la proclamation de la République à Paris.
Repère humanitaire et généreux dans tout ce gâchis : une délégation suisse réussit à fléchir le général prussien de laisser partir en Suisse les vieillards, femmes et enfants.
Le traité de Francfort du 10 mai 1871 consacre l'annexion de la ville à l'Allemagne consentie par l'Assemblée nationale française malgré la protestation solennelle des députés alsaciens. On disposera, Français et Allemands réunis, des Strasbourgeois, des Alsaciens et des Mosellans. La blessure est profonde.
Strasbourg est pratiquement à genoux en octobre 1870. La ville est fortement endommagée, sa population souffre de famine, de maladie et d'un hiver rigoureux. Ses chefs, comme le maire Kuss ou Schneegans, adoptent le parti du réalisme et, au risque de se voir traités de Janus, s'engagent dans une protestation positive. Entre 1870 et 1918, Strasbourg passera de 85 000 à 180 000 habitants. Le tissu urbain va s'en trouver considérablement changé et les conditions d'habitation tout autant. C'est que l'Allemagne tient à montrer sa puissance et ces capacités en premier lieu à Strasbourg, ville-symbole pour elle : celle-ci devra devenir une place forte militaire de premier rang, rayonner du savoir-faire architectural et urbanistique allemand, témoigner du souci de salubrité, doter la ville qui en a bien besoin de conditions de circulation modernes.
Quantité de bâtiments de prestige sont édifiés en un laps de temps assez court ainsi : le Kaiserpalast (palais de l'Empereur) construit de 1883 à 1887, l'actuelle Bibliothèque Nationale et Universitaire, le Parlement, l'Hôtel des Postes, la Gare Centrale, ainsi que deux églises, Saint-Paul et Saint-Maurice. Sans oublier le Palais Universitaire, les Hospices Civils étendus et modernisés de façon tout à fait remarquable. Dès 1915, le tramway circule.
De ville essentiellement commerçante qu'elle est en 1870, Strasbourg devient ville portuaire et industrielle. La nouvelle gare relie Strasbourg à l'Allemagne, le port rhénan se développe sur le Rhin en voie de régularisation avec la création du port d'Austerlitz et du Port du Rhin. Le commerce s'en trouve évidemment stimulé, soutenu par les grandes banques. Le gaz et l'électricité éclairent la ville, fournissent l'énergie domestique et industrielle.
La ville aura beaucoup changé aussi en matière de population et de société. Une partie des Strasbourgeois a quitté la ville en 1872 ne voulant pas opter pour l'Empire germanique. Les allemands sont venus en gros "bataillons". Vers 1900, ils représentent 40% de la population ! Les Allemands dotent aussi la ville d'une nouvelle université qu'ils souhaitent prestigieuse. Mais trop d'empressement à vouloir germaniser l'élite strasbourgeoise fait que la greffe prend mal.
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